L’Architecture Régionale en Tunisie de la Spécificité à l’Uniformisation

Fakher Kharrat

Professeur en Architecture à l’ENAU (École Nationale d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis)

Directeur unité de recherche PAE3C (Patrimoine Architecture Environnement, Connaissance Compréhension, Conservation)

Abstract[1]

Partant du constat d’une tendance vers l’uniformisation de l’expression architecturale à travers tout le pays, le présent article se propose de poser la problématique des architectures régionales en Tunisie. D’abord en traitant l’identification de ces architectures régionales spécifiques dans la production architecturale ancienne puis en prospectant les chances de conservation de ces spécificités dans la production actuelle. Quels sont les facteurs générateurs d’une architecture régionale homogène et spécifique ? Quels sont les caractéristiques qui définissent sa spécificité et son identité ? Quels sont les facteurs de changement ? Quels sont les tendances de l’architecture nouvelle, conservation ou perte de spécificité ? Pour essayer de répondre à ces questions, on se propose d’utiliser la méthode d’analyse suivante : Après un passage en revue des facteurs générateurs de ces architectures, elles seront examinées à l’aide du concept de l’intégration de l’homme dans son environnement sous trois formes, urbaine, architecturale et technique. Hypothèses : des architectures régionales homogènes présentant une identité culturelle et une continuité géographique à l’intérieur du pays et une juxtaposition civilisationnelle de spécificités différentes près des métropoles. L’architecture nouvelle présente une tendance d’uniformisation sur l’ensemble du pays et une caractéristique d’éclectisme par la multiplicité des références régionales ou mondiale.

Keywords: Spécificité, homogène, juxtaposition, régionale , civilisationnelle, intégration.

[1] NB:Cet article se base sur deux études commandées par le minstère de l’équipement et de l’habitat tunisien sur les spécificités architecturales du sud et du Nord-est tunisiens et publiées en édition restreinte en 2004 et 2009 et publiés sur le site du ministère de l’équipement. Les autres regions a savoir le Nord-ouest le Centre-ouest et le Centre-est sont encore en cours d’études.

L’Architecture Régionale en Tunisie, de la Spécificité à l’Uniformisation.

Problématique :

Partant du constat d’une tendance vers l’uniformisation de l’expression architecturale à travers tout le pays, le présent article se propose de poser la problématique des architectures régionales en Tunisie. D’abord en traitant l’identification de ces architectures régionales spécifiques dans la production architecturale ancienne puis en prospectant les chances de conservation de ces spécificités dans la production actuelle. Par rapport à cette problématique nous posons les questions suivantes :

Quels sont les facteurs générateurs d’une architecture régionale homogène et spécifique ?

Quels sont les caractéristiques qui définissent sa spécificité et son identité ?

Quels sont les facteurs de changement ? Quels sont les tendances de l’architecture nouvelle, conservation ou perte de spécificité ?

Hypothèses :

Par rapport à ces questions on pose l’hypothèse suivante: on peut découper la Tunisie en zone d’architectures régionales homogènes présentant une identité culturelle et une continuité géographique à l’intérieur du pays et une juxtaposition civilisationnelle de spécificités différentes près des métropoles. L’architecture nouvelle présente une tendance d’uniformisation sur l’ensemble du pays et une caractéristique d’éclectisme par la multiplicité des références régionales ou mondiales.

Source des informations et méthodologie :

Il faut noter au départ que cet article se base sur les résultats de deux études commandées par le ministère de l’équipement et de l’habitat afin d’identifier le répertoire de l’architecture spécifique du sud tunisien puis du Nord-est tunisien. Les autres régions sont encore en cours d’étude. A l’occasion de l’élaboration de ces deux études réalisées par des bureaux d’études privés, j’ai participé en tant que conseillé en patrimoine des deux bureaux d’études et deux publications ont été édités en série limitée. « Les spécificités architecturales du sud tunisien »[1] publiée en 2004 et « Les spécificités architecturales du Nord-est tunisien »[2] publiée en 2009. Ces études sont publiées sur le site du ministère de l’équipement et de l’habitat tunisien[3] et ne sont pas mises en vente. Le présent article se propose de vulgariser et diffuser une synthèse des principaux résultats avec un essai de théorisation.

Le principe de ces études est de partir des régions géographiques pour effectuer une étude approfondie des sources de l’architecture, des potentialités locales appelées facteurs générateurs de l’architecture puis enchainer par une analyse typo-morphologique de l’architecture en examinant l’implantation, la typologie architecturale, le vocabulaire et la technique de construction. L’objectif étant d’arriver à un découpage de la zone d’étude en zones architecturales homogènes et spécifiques.

Le concept d’analyse est celui de l’intégration de l’homme dans son environnement sous trois formes, urbaine, architecturale et technique. L’intégration étant entendue comme la manière avec laquelle l’homme s’est intégré à cet environnement d’abord par le mode d’implantation, puis par la typologie architecturale choisie et enfin par les moyens techniques mis en œuvre pour y arriver.

Pour des raisons pratiques on va s’occuper du sud tunisien puis du Nord-est tunisien pour tenter une synthèse à la fin. Un raisonnement plus exhaustif sur toute la Tunisie sera fait après la publication des autres parties à savoir le Sud-ouest le Centre-est et le Centre-ouest tunisien.

Le Sud Tunisien:

Les facteurs générateurs de l’architecture du sud tunisien :

Départ: Région géographique

Le sud tunisien peut étre divisé en sous régions géographiques : le Chot, la montagne, la plaine Jfara,le désert et l’ile de Djerba.

Les caractéristiques de sa spécificité et son identité :

 L’intégration urbaine :

Les villes oasis se développent autour du chot Jerid près des sources d’eau, avec un tissu compact de type médina.

Les montagnes connaissent le developpement des habitations trogloditiques ou perchés, avec une implantaion en ligne et la construction de greniers collectifs sur les sommets des collines.

L’Ile de Djerba, développe une implantation sur la propriéte appelée le Menzel avec un groupement de souks.

Dans le désert enfin, l’architecture des nomades et semi nomades est essentiellement basée sur la tente.

 L’intégration architecturale:

Dans les villes oasis on trouve l’habitation à patio, dans les montagnes on trouve les habitations troglodytiques horizontales, ou verticales et les habitations semi troglodytique dans les villages perchés avec une commposition linéaire qui tend vers la formation d’une cours en face des Ghars ou des pieces creusées autour des patios creusés verticalement.

Le Houch djerbien est composé de pièces entourant un patio et une architecture sculpturale ou on peut lire aisément la fonction et la signification à partir de la forme architecturale.

Le désert est le royaume de la tente fruit de siècles d’adaptation au mode de vie nomade.

L’intégration technique:

Autour du chot djerid , l’abondance de l’argile et des palmiers a favorisé l’uage de la terre cuite pour les murs et du bois de palmier pour les couvertures dans l’architecture oasienne. Le platre et de la terre sont utilisés pour l’enduit et le remplissage. Le jeu d’appareillage des briques devient le support de formes signifiante en plus du role structurel et bioclimatique.

Dans les montagnes et exploitant le paysage tabulaire, un mode de construction original se développe par le creusement de la terre friable entre les plaques de calcaires comme à Douiret ou Chenni. La ou la montagne est plus dure on assiste à la construction de villages perchés partiellement creusés ou acccochés à la montagne come Tamazret. La ou le paysage est mamelonnaire et la roche est fraible, le génie local developpe des habitations creusées verticalement comme à Matmata.

A Djerba il y a plus de pierre et moins de palmiers et pas de montagne. La cuisson du calcaire donne la chaux qui aide à la construction des murs ainsi que les voutes et les couples. Le platre est mis à contribution pour l’enduit. Le résultat est une artchitecture blanche scuplturale et à l’echelle humaine parsemée sur l’ensemble de l’ile en complète harmonie avec la nature.

Pour le désert, la laine de chameau est utilisée tissée pour la fabrication de la tente facilement transportable avec les éléments de structure tirés des quelques arbres du désert. D’autres constructions éphemères en branchage peuvent etre construites dans les périodes de stabilisation.

Les zones homogènes du sud tunisien :

Chaque sous région géographique développe une architecture spécifique et ce par l’usage rigoureux des caractéristiques géographiques locales et en correspondance avec le mode de vie des habitants. L’enclavement et la difficulté du transport aidant, le même groupe humain a développé des architectures différentes à quelques kilomètres de distance. Il en ressort des architectures homogènes et spécifiques en correspondance parfaite avec les sous régions géographiques.

Nous ressortons quatre grands ensembles homogènes :

  • La zone des architectures des oasis
  • La zone des architectures de montagnes
  • La zone des architectures des nomades et semi-nomades
  • La zone des architectures de l’île de Jerba et du littoral

Ces grands ensembles regroupent en eux même des sous zones avec des particularités spécifiques qui se manifestent essentiellement dans la texture et mode de décoration résultante de la nature des matériaux utilisés.

Les zones et sous zones sont :

La zone des architectures des oasis

a-La sous zone de l’architecture des oasis de Tozeur, Nefta et Hammet Ejérid

b-La sous zone de Nefzaoua Nord

c-La sous zone de l’architecture des oasis côtières

La zone des architectures de montagnes

a-Sous zone de l’architecture des troglodytes verticales

b-Sous zone de l’architecture des villages perchés en pierre

c-Sous zone de l’architecture des troglodytes horizontales et des Gsour.

La zone de l’architecture de l’île de Jerba et du littoral

La zone des architectures des nomades et semi-nomades . 

a-La sous zone de l’architecture des nomades de Nefzaoua Sud.

b-La sous zone de l’architecture des semi-nomades de la plaine de Jeffara.

c-La sous zone de l’architecture des nomades du Dhaher et El Ghrib et d’El Ouara

d-Le Grand Erg et El Fjij sont des zones désertiques.

ZONE DES ARCHITECTURES OASIENNES

Les caractéristiques de la spécificité et l’identité de l’architecture oasienne : 

Intergration urbaine 

Tissu compact sur terrain non cultuvable, prolifération de bortal comme une portion de rue couverte.

Hierarchie de la voirie en fonction du climat, du mode de vie et de l’organisation sociale.

Integration architecturale :

Maisons à patio avec chicane et distribution des pièces d’habitation autour du patio et presence d’espaces specifiques pour la conservation et le conditionnement des dates.

Système ingenieux de collecte des ordures pour la fertilisation de l’oasis

Integration technique :

L’architecture oasienne utilise des matériaux disponibles sur le site à savoir la terre et le bois de palmier en plus du platre la terre crue et la pierre sablonneuse.

La terre est cuite dans des fours et utilisée dans la construction. Les macons locaux développent un art de mise en œuvre specifique représentant des dessins en creux ou en sailli et qui ont un double role esthetique et structurel pour compacter la terre utilisée dans le cœur du mur.

Le bois de palmier est prélevé dans l’oasis parmis les les palmiers arrivés à la fin de leur production , jeté dans le Chot salé pendant une annnée puis utilisé pour les couvertures horizontales des maisons.

Le gypse est cuit directement sur le chantier pour produire du platre utilisé pour l’enduit.

Les facteurs de changement de l’architecture oasienne:

Facteurs de changement : chagement de mode de vie spontané ou par obligation politique, facilité du transport et accessibilité, mode de production centralisé, perte du savoir faire traditionnel et denigrement social de l’architecture traditionnelle presentee comme primitive.

 Les tendances actuelles dans l’architecture des villes oasiennes?

Urbain :

Production de lotissement autour des centres anciens et perte de la spécificite urbaine. Les lotissement publics sont traités de la meme manière pour tout le territoire national malgrè les différences de la géographie du climat.

Architectural :

Perte progressive du patio meme dans le centre historique et construction des villas à l’exterieur

Technique :

Vu le développement du transport et la volonté de modernité , il ya une prolifération de l’usage du béton armé et des produits rouges mais aussi la pierre ou encore la céramique et le marbre importés. La conséquence est la perte du savoir faire constructif.

Conclusion : Villes oasiennes : accélération de la perte de spécificité, mais aussi résistance et tentatives de sa conservation :

Les villes oasiennes continuent à être utilisées mais sont de plus en plus abandonnées ou modifiées. Les nouvelles formes de production obéissent à des standards nouveaux et utilisent des matériaux nouveaux comme ceux utilisés dans tout le pays avec des formes diverses proches de l’éclectisme. Toutefois des tentatives d’usage des formes urbaines ou architecturales d’inspiration traditionnelle sont constatées ainsi qu’un usage sous forme de plaquage de matériaux traditionnels comme la brique ou le bois de palmier dans les nouvelles constructions publiques ou dans l’architecture touristique.

ZONE DES ARCHITECTURES DE MONTAGNES

Les caractéristiques de sa spécificité et son identité :

La montagne selon sa morphologie donne une architecture spécifique. Dans le paysage tabulaire comme à Chenenni ou Guermessa, et entre deux couches de calcaire, les habitants creusent la partie tendre en argile. Dans les collines assez friables, le creusement est vertical avec des greniers collectifs construits. Dans les montagnes dures, les habitants développement des constructions perches parfois semi-troglodytiques accroches a la montagne.

Intégration urbaine

L’implantation des habitations au cœur des montagnes traduit un aspect de mimétisme et de fusion avec le paysage sans doute pour des raisons de sécurité mais aussi pour un aspect de confort thermique et d’adaptation au mode de vie semi-nomade.

Intégration architecturale

Le même groupe humain développe des typologies architecturales différentes qui vont de l’organisation linéaire de l’habitation troglodytique horizontale, à l’organisation de pièces creusées autour d’un patio creusé verticalement et appelé Mehres.

Intégration technique

Le génie local tire profit des caractéristiques géologiques locales avec une architecture de la soustraction avec le minimum de construction quand c’est indispensable.

Les facteurs de changement de l’architecture de montagne :

Actuellement et suite aux transformations socioéconomiques débutées depuis la période coloniale et poursuivit après l’indépendance jusqu’à nos jours avec toutes les incidences sur la structure familiale et les valeurs culturelles, la structure urbaine et l’habitat ont changé. Il en résulte l’abandon des anciens villages et groupements, la destruction de l’environnement naturel. Ces derniers ne présentent actuellement comme des   pôles d’attraction touristique. On assiste à l’abandon du patrimoine et des principes constructifs.

Le phénomène d’abandon n’est pas seulement la conséquence de la migration vers l’étranger et les grandes villes mais provoqué par La création de nouvelles agglomérations dotées des infrastructures et d’équipements dont étaient privés les anciens villages.

Les tendances actuelles dans l’architecture de montagne : 

La construction par la SNIT de villages nouveau par décision politique dotés de l’eau l’électricité et des équipements de base comme l’école et le dispensaire génèrent une résistance dans un premier temps. Mais les habitants finissent par y habiter en construisant des Gourbi et en abondant les logements type aux animaux. Ces nouveaux villages se développent désormais en dehors des plans d’aménagement et le long des voies parfois en zone inondable et piétinent les rares terres agricoles disponibles.

Cette sous zone est marquée par l’abandon presque total des implantations anciennes et la création de nouvelles agglomérations qui n’ont rien à voir avec les anciennes implantations.. En effet Chenini Douiret, Guermassa, Ghomrassen avec les gsours ne restent plus que des lieux de parcours et visites touristiques.

Des tentatives de restauration de Douiret par l’association de sauvegarde de Douiret et des Gsours par l’INP avec des moyens limités et une manière un peu désorganisé sont à signaler. 

ZONE DES ARCHITECTURES DES NOMADES ET SEMI-NOMADES

La zone de la plaine de Djeffara connaît une extension urbaine et architecturale très rapide et très importante. En effet depuis les années de l’indépendance plusieurs villes se sont développés dont l’importante Medenine qui constitue le lieu de sédentarisation des peuples nomades et semi-nomades ainsi que les habitants des villages berbères abandonnés ;

Les maisons se développent en houch à cour central qui évolue d’une pièce voûtée jusqu’à se refermer.

ZONE DES ARCHITECTURES DE L’ILE DJERBA et du LITTORAL

L’étude des architectures de la zone de Djerba et son littoral montre une grande cohérence entre l’urbanisme produit et le mode de production de l’île basé sur l’agriculture, le tissage et la pêche. Le cadre bâti correspond au mode de vie de la population et à ses croyances. Une évolution qui au cours des siècles a donnée une architecture très spécifique qui a su préserver un équilibre entre bâti et végétation et préserver l’équilibre écologique précaire de l’île.

Les caractéristiques de sa spécificité et son identité :

L’ile de Djerba est caractérisée par une plaine avec une nappe phréatique d’inégale douceur et disponibilité d’où une fertilité différenciée. Elle est dotée d’un climat doux et connait l’urbanisation depuis l’antiquité.

Intégration urbaine

La caractéristique urbaine de l’ile de Djerba est la dispersion des habitations appelées Houchs occupant généralement le centre d’une propriété agricole d’autosubsistance appelée Menzel. Seuls les souks sont regroupés comme à Houmet Souk. Les seules agglomérations de l’ile sont à Riadh et développés par la communauté juive de l’ile.

Intégration architecturale

La typologie dominante de l’ile est la maison à patio entourés de Bits d’habitations et de services ainsi que des dépendances pour l’activité agricole come les huileries semi enterrées ou artisanales comme les ateliers de tissages.

Intégration technique

L’architecture djerbienne tire profit des matériaux disponibles come le moellon d’où on tire la chaux avec une cuisson appropriée ou le gypse duquel on tire le plâtre par sa cuisson ou encore le bois de palmier en quantité inferieure au Jerid vue la consistance clairsemée de la Ghaba.

Les djerbiens sont arrivés à ce résultat en utilisant exclusivement les matériaux disponibles sur l’île enclavement aidant, et ont su développer une profusion de formes qui donnent à leur architecture l’aspect d’une langue complexe où chaque forme a un sens fonctionnel ou symbolique. C’est ce qui a fait pendant des siècles la spécificité de l’architecture de Djerba.

Les facteurs de changement de l’architecture de Djerba :

Le changement du mode de vie, la facilite du transport des mattériaux et le déveopeement du tourisme sont autant de facteurs qui ont cause le changement du paysage architecturale en cours de Djerba.

Les tendances actuelles dans l’architecture de Djerba :

Le changement des modes de vie du Djerbiens et le désenclavement de l’île ont contribué à l’adoption de nouveaux comportements en matière de logement .

Le tourisme international, l’émigration à l’étranger et l’amélioration du transport ont favorisé une certaine ressemblance avec le continent surtout dans l’usage de matériaux de constructions modernes

Le changement économique qui a vu le déclin de l’activité agricole au profit du secteur tertiaire et du tourisme et le retour de l’argent des immigrés à fini par parachever l’orientation vers des modèles en rupture avec la tradition séculaire du cadre bâti.

Conclusion : l’ile de Djerba ou la difficile résistance au changement :

Abandon des Houchs et Menzels traditionnels, développement des villes comme Houmet Souk ou Midoun l’usage des matériaux nouveaux comme la pierre , la brique et les produits rouges rendent difficile la résistance de Djerba au changement et pour sauvegarder sa spécificité de plus en plus menacée.

Toutefois une muséification est en cours et des tentatives d’usage du vocabulaire architectural traditionnel dans certains hôtels.

L’inscription de l’ile sur la liste indicative du patrimoine mondial et la tentative d’inscrire au moins les monuments religieux sur la liste d patrimoine d e l’UNESCO pourrait aider l’ile a conserver ce qui reste de sa spécificité.

[1] Groupement Regaya Kiwa-Ridha Rekik

[2] Groupement URAM-Ellouz

[3]http://www.equipement.tn/fileadmin/user1/doc/Contenus/DGAT/EtudeSpecificitesArchitecturalesSudTunisien2016fr.pdf

http://www.equipement.tn/fileadmin/user1/doc/Contenus/DGAT/EtudeSpecificitesArchitecturalesNordEstTunisien2016fr.pdf

Le Nord-Est Tunisien :

Les facteurs générateurs d’une architecture régionale homogène et spécifique :

Départ : les régions géographiques et la richesse historique :

Le Nord-est tunisien de part sa fertilité et son ouverture sur la mer méditerranée a connu l’urbanisation depuis l’antiquité. Utique fondée au 11ème S .aj, Carthage au 9ème sont de fondation punique. Rome après la destruction de Carthage a développé la Carthage romaine et a colonisé l’intérieur du pays. Adossée sur le Cap Bon fertile , les plaines de Bizerte et la montagne de Zaghouan riche en eau douce, elle offre les ingrédients de l’urbanisation et du développement d’une civilisation riche qui nous a légué une pléiade de monuments. Les medinas islamiques comme Bizerte, Tunis et Hammamet se développement dans des lieux stratégiques et Tunis au 13ème S s’élève au rang de Capitale de l’Ifrikia actuelle Tunisie. Elle a connu l’influence turque puis française et enfin le développement comme capitale de la Tunisie indépendante.

Les caractéristiques qui définissent sa spécificité et son identité :

Comme le Nord est tunisien est une région fertile, stratégique et ouverte sur le méditerrané berceau du monde antique, et carrefour de civilisations, elle a garde les traces de tous les passages civilisationnels. Ces témoignages ne sont pas exclusifs à une sous région géographique mais forment un riche palimpseste ou une juxtaposition de forme urbaine et architecturales spécifique. Ainsi on trouve sur le même territoire du Grand Tunis les ruine de la Carthage antique, la médina de Tunis et accolée a elle la ville coloniale. Le même constat est fait à Bizerte Hammamet ou Nabeul.

L’intégration urbaine :

Les phéniciens développent Utique Carthage et Kerkouane comme de comptoirs commerciaux, les romains redéveloppent quartage et créent des villes à l’intérieur du pays. Les musulmans développent Tunis plus défendable entre deux lac et deux collines et les français gagnent du terrain sur le lac pour développer la ville occidentale avec un trace orthogonal contigüe au tracé organique de la médina. Les villages andalous courent le long du fleuve Mejerda et les villages berbères se développent sur les collines autour du grand Tunis. Sur les terres agricoles se côtoient aussi l’architecture rurale vernaculaire et les fermes coloniales françaises. Donc l’intégration urbaine se fait par juxtaposition d’entites homogènes spécifiques sur une base civilisationnelle.

L’intégration architecturale

            L’architecture punique romaine et islamique se base sur la maison a patio typique de la méditerranée mais avec un ordonnancement et une décoration propres à chaque période. L’architecture occidentale propose de nouveaux types d’architecture à base d’immeubles collectifs et de villas.

L’intégration technique

            Depuis l’antiquité, L’architecture a utilise tous les matériaux disponibles sur le sol tunisien, moellon Kadhel, pierr taillée de Haouaria, marbre de Chemtou qui est aussi exporté a Rome, mais aussi le marbre importé d’Italie le bois le stuc, ecc. Étant une zone de pouvoir et de richesse, toutes les formes d’art de bâtir et de décorer sont représentées. Les medina et surtout Tunis utilise un savoir faire ancestral avec des apports andalous italiens et même français. L’architecture vernaculaire perpétue un savoir faire traditionnel pertinent. L’architecture occidentale utilise de nouveaux matériaux comme les profilés métalliques et le béton armé.

Les zones architecturales homogènes du nord-est tunisien

L’architecture médinale :

L’architecture médinale se manifeste dans :

–   L’architecture des médinas ;

–   L’architecture des villages médinaux ;

–   L’architecture des villages andalous.

L’architecture des Médinas

Les médinas de fondation arabe sont :

–   La médina de Tunis ;

–   La médina de Bizerte ;

–   La médina de Hammamet

L’architecture des villages médinaux

Les villages médinaux périurbains :

–   La médina de Nabeul ;

–   Les villages médinaux de Radès, Ariana et Sidi Bou Said

L’architecture des villages Andalous

L’architecture Andalouse englobe les villages créés ex nihilo et les quartiers intégrés dans les médinas : Slimen, Grombalia, Turki, Belli, Nianou, Zaghouan, Testour, Slouguia, Medjez El Bab, Grich El Oued, Tebourba, Jedeida, Kalaat El Andalous, Aousja, Metline, Ras Jebel et Ghar El Melh ainsi que le quartier des andalous à Tunis et Hamdalous à Bizerte.

L’architecture occidentale :

L’architecture des villes

L’architecture urbaine occidentale est soit juxtaposée aux médinas comme à Tunis et Bizerte, soit isolée comme à  Menzel Bourguiba.

L’architecture des fermes

Les fermes coloniales sont dispersées dans le Nord du pays en général et surtout le Nord-Est.

L’architecture vernaculaire :

L’architecture berbère

L’architecture vernaculaire berbère se retrouve dans les villages tels que Toukaber, Chaouach, Zriba, Zaouiet El Megais, Boukrim et Azmour.

L’architecture rurale

Le logement rural est dispersé dans toute la région du Nord-Est du pays  ; construit anciennement en terre, il est de plus en plus édifié avec des moyens modernes (briques et béton). Les formes architecturales restent des plus simples avec une grande intelligence de l’orientation.

Les facteurs de changement et les tendances de l’architecture nouvelle :

L’analyse typo morphologique et l’examen de l’intégration urbaine architecturale et technique nous donne une logique différente du sud tunisien. En effet les architectures spécifiques ne correspondent pas aux sous régions géographiques,. Dans la même région on trouve l’implantation antique, l’implantation médinale, et l’implantation occidentale avec tout autour une architecture vernaculaire.

Toutefois seul le tissu est garant de la spécificité et l’identité, les matériaux et le vocabulaire émigrent plus facilement et une influence mutuelle au niveau du langage architectural est constatée.

Actuellement le grand développement de Tunis avec des cités aménagées par les operateurs publics comme l’AFH le SNIT et la SPROLS ou prives comme la societe du lac présentent une juxtaposition d’une architecture verticale d’immeubles ou horizontale de villas avec des références éclectiques nationales ou internationales. Les cités spontanées développent un tissu dense et compact proche de la médina avec une tendance à la personnalisation des façades des maisons.

Conclusion : l’architecture de Nord-est tunisien 

On peut conclure que l’ouverture de cette zone sur la mer méditerranée et les influences diverses favorisent une juxtaposition de spécificités a caractère civilisationnel dans la même zone naturelle. Tout comme la coexistence de communautés diverses, l’architecture au nord-est tunisien semble tolérer une coexistence qui fait d’’elle un creusé culturel impressionnant.

Synthèse générale:

Pour répondre aux questions posées par ces deux études et après l’analyse de l’architecture du Sud et du Nord-est tunisien, avec le départ des régions géographiques pour identifier des régions architecturales et pour répondre aux questions posées dans la problématique relatives aux facteurs générateurs d’une architecture régionale homogène et spécifique, les caractéristiques qui définissent sa spécificité et son identité et enfin les facteurs de changement et les tendances de l’architecture nouvelle, vers la conservation ou la perte de spécificité. Et à l’aide de l’outil d’analyse relatif à l’intégration de l‘homme dans son milieu naturel de par l’implantation urbaine, l’aspect architectural et les matériaux et techniques de construction. on peut valider les hypothèses de départ et tenter une généralisation pour l’ensemble de la Tunisie.

On peut conclure que l’architecture régionale en Tunisie est caractérisée par des architectures régionales multiples homogènes présentant une identité culturelle régionale avec une continuité géographique à l’intérieur du pays et une juxtaposition civilisationnelle de spécificités différentes près des métropoles.

La production architecturale nouvelle présente une tendance d’uniformisation sur l’ensemble du pays et une caractéristique d’éclectisme dans le langage architectural par la multiplicité des références régionales ou mondiales.

Vers une nouvelle spécificité :

La prise de conscience des nouvelles générations d’architectes et l’éveil de la société civile ces dernières années augurent pour le futur, outre la conservation du patrimoine urbain et architectural la recherche d’une nouvelle spécificité.

Cette perspective est d’autant plus plausible que la prise de conscience écologique et les percepts de développement dural avec ses composantes sociales économique et environnementales plaident pour la sauvegarde du savoir faire traditionnel, qui favorise le développement économique local et l’attention à l’environnement par l’usage des matériaux locaux et l’économie d’énergie qu’elle comporte avec le minimum d’impact environnemental.

Nos villes nouvelles seraient respectueuses du patrimoine mais aussi ancrées culturellement dans leurs régions et leur environnement spécifique. L’orientation vers la régionalisation politique plaideraient pour un traitement local dans une pensée globale et nos villes seraient plus intelligentes et pourront réussir leur résilience face à la mondialisation rampante tueuse de la spécificité culturelle et cause de l’uniformisation des formes architecturales et culturelle en général.

Bibliographies :

Bureau d’Etudes Regaya Kiwa et Ridha Rekik Les spécificités architecturales du Sud tunisien, , Pub Coll, M. Equipement, 2004, …P

Paola Raffa , Essai sur la typologie, Ksour della regione di Tataouine, 2007

Bureau d’Etudes URAM ,Les spécificités architecturales du Nord-Est tunisien,

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KHARRAT.F, L’architecture tunisienne, une anthologie méditerranéenne, in

Atti de V Forum internationale le vie dei mercanti 3,4,5 Capri,Giunio 2007

KHARRAT.F, L’évolution du langage architectural à Tunis, in

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KHARRAT Fakher, Matmata ou l’architecture troglodytique verticale en Tunisie in

Contrspazio, 105, 2003

Djerba : les cahiers du cours de tunis

Bureau d’études URAM : Les spécificités architecturales du nord est tunisien, 2009

http://www.equipement.tn/fileadmin/user1/doc/Contenus/DGAT/EtudeSpecificitesArchitecturalesSudTunisien2016fr.pdf

 

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