Éditorial

Depuis quelques décennies, des mutations profondes sont en train de s’opérer dans le monde. Elles sont marquées par une accélération du rythme des innovations technologiques et une transformation des sociétés vers ce qui est désormais appelé, l’ère de l’économie du savoir. Cette avancée rapide dans les connaissances scientifiques et l’apparition régulière de nouveaux produits technologiques et en particulier ceux provenant du numérique transforment radicalement notre mode de vie qui n’arrive plus à distinguer, entre le monde réel et le monde virtuel. Dans cette grande métamorphose de notre quotidien, il importe que nous gardions en tête le sens des choses et que nous ne perdions pas de vue notre humanité si fragile.  Si les avancées technologiques mènent l’humanité vers une plus grande maîtrise de l’environnement et font pousser toujours plus loin les frontières des connaissances, elles soulèvent en même temps des problèmes de société telle la mise à l’écart d’une frange sociale de plus en plus grande. Si ces avancées apportent des progrès, elles apportent aussi plus de complexité et plus de possibilité de marginalisation.  On ne sait plus, finalement, si ces progrès technologiques sont accompagnés  d’une amélioration du bien-être de l’individu ou plutôt de sa régression.

Nous sommes, par conséquent, interpellés à réaliser une meilleure gestion des mutations de notre époque en investissant dans le développement de l’intelligence sociale et émotionnelle des individus. La voie serait de développer davantage la culture multidisciplinaire, où notre consommation des produits issus de la technologie, dans sa forme classique et nouvelle, avance de concert avec notre consommation des produits artistiques, culturels et ceux des sciences humaines et sociales. Encourager la consommation les produits de ces sciences dites molles, permettra de développer une meilleure conscience sociale, et une meilleure responsabilité civile.

Ce journal déclare se positionner dans ce créneau de cohabitation entre les sciences dures et les sciences dites molles, compte jouer un rôle de fédération entre les différentes spécialités et les différentes tendances et de développer un langage qui permet aux publics des diverses disciplines de se rencontrer. Il se veut un outil à la disposition des auteurs provenant de toutes les spécialités et un espace de publication et d’expression, à large spectre où s’allie l’esprit scientifique à la critique littéraire, ouvert à tous ceux qui veulent développer des idées, écrire des essais, publier des résultats de recherche ou exposer le produit d’expériences afin de participer à créer une dynamique d’échanges intra et extra-universitaires. C’est aussi un espace d’échanges d’opinions et d’expériences libres, bien documentées, réfléchies et  argumentées,

Ce premier numéro contient des articles de plusieurs horizons, cinéma, télévision, architecture, agriculture, thermodynamique des sociétés humaines, répondant à l’esprit pluridisciplinaire de la revue. C’est une diversité qui exprime la complémentarité des visions, unificatrice des richesses provenant de différents horizons. Cet esprit pluridisciplinaire est aujourd’hui nécessaire pour mieux appréhender ces incroyables changements de rythme dans notre mode de vie.

Enfin, ce journal exprime la politique de la ‘’fondation de Carthage Culture et Science’’, qui consiste à faire le lien entre le monde universitaire et son environnement. Il se propose de présenter dans chaque numéro une facette du système d’enseignement supérieur tunisien, qui peut être, aussi bien une université, une école, une faculté, qu’un centre ou un laboratoire de recherche. Nous ferons, ainsi, la lumière sur des aspects typiques de ce système qui souffre du manque de lisibilité et de visibilité, afin de contribuer à relier cette toile d’araignée d’un système d’enseignement et de recherche, qui a tendance à être replié sur lui-même, avec son environnement social et économique.